Origines de la Capoeira

En 1890, deux ans après l'abolition de l'esclavage au Brésil, la plupart des archives concernant l'arrivée des esclaves africains furent brûlés sous la directive du gouvernement qui croyait pourvoir effacer une partie de son histoire. Il est donc très difficile de déterminer l'origine exacte de la Capoeira mais nous savons qu'elle serait apparue entre le XVIe et le XVIIe siècle.

Au XVIe siècle, l'esclavage est en plein essor au brésil et la condition d'esclave est particulièrement difficile. Si la force physique est un critère de choix pour leurs maîtres, leur force mentale n'était pas moins négligeable. Comme cité auparavant, les esclaves ont cherché à toutes les époques à reconquérir leur liberté. Cependant, il n'était en capacité de se munir d'armes; ils ont donc, à partir de leur tradition, développé un art de défense essentiellement basé sur les ressources du corps.

L'étymologie du mot Capoeira pourrait venir de la langue des indiens Tupi-Guarani et signifierait « clairière » ou « herbe rase », les esclaves en fuite auraient souvent été aperçus en train de s'entrainer dans ce type de lieu pour se défendre des maîtres qui auraient voulus les récupérer. De nombreux esclaves qui ont réussi à prendre la fuite se sont regroupés en communauté, dissimulés en dans des villages organisés en pleine forêt. Ces communautés d'esclaves rebelles ont prospéré et résister pendant des années aux tentatives d'invasion des colons. Elle formait ce que l'on appelait des « quilombos ».

Certaines personnes avancent que la capoeira serait née en Afrique. Cette supposition s'appuie notamment sur le fait que des formes très analogues , aussi bien dans les gestes que dans les rythmes, sont connues et pratiquées dans la plupart des pays concernés par la colonisation et la traite négrière. Le moring à Mayotte, Madagascar et à La Réunion, le ladja (ou danmye, ag'ya) en Martinique et en Guadeloupe, le maní à Cuba, le pingue à Haïti, le susa au Surinam, etc...

La Capoeira est surtout un héritage fort de la résistance liée à l'esclavage. Elle représente le mouvement de lutte si bien du point de vue physique par l'efficience des mouvements pratiqués par les esclaves rebelles, que culturel par la conservation de rituel et d'inspirations africaine dans le chant et la musique par exemple. Elle a su préserver les perspectives, de fuite, de révolte, de liberté ainsi que de dignité pour les noirs du Brésil.

Les maîtres et les surveillants ne se rendaient pas compte du danger que représentait cette danse, et n'imaginait pas qu'elle cachait toute la révolte et le désespoir des esclaves. La capoeira est sans doute née ainsi ; en tapant des mains, en chantant des chansons aux paroles allusives, en dansant.

Alors que le XIXème siècle voit l'abolition de l'esclavage prendre forme progressivement, la capoeira est utilisée stratégiquement par le gouvernement brésilien. Ainsi, lors de la guerre sanglante du Paraguay entre 1865 et 1870, l'armée du Brésil utilise bon nombre de capoeiristes comme soldats guerriers. De même, en 1890 (année de l'abolition définitive de l'esclavage), les capoeiristes sont également exploités par le pouvoir monarchique qui utilise leur efficacité au sein d'une Garde Noire au service de la couronne contre les républicains. À cette époque, les capoeiristes étaient appelés pour semer le trouble dans les réunions politiques des partis d'opposition.

Mais si le gouvernement brésilien peut trouver un intérêt particulier à la capoeira, il ne participe pas à véhiculer une image positive de cet art. Ainsi, le nouveau contexte des concentrations urbaines naissantes voit apparaître le métissage ainsi que les bandes de malandros (hors-la-loi) écumant les rues et réglant leurs différents parfois avec des techniques de capoeira dans des rixes à l'arme blanche. A cette époque tous les malandros ne sont pas capoeiristes, mais tous les capoeiristes sont des malandros. La capoeira prend donc alors une image très négative.

 

De même, après l'abolition de l'esclavage, des milliers de gens se retrouvent libres, livrés à eux-mêmes, sans logement, sans nourriture, sans travail et donc sans argent, dans la misère et la pauvreté. Pour survivre, des milices criminelles appelées "maltas", composées de capoeiristes, vont se former et répandre la violence. Ils pillent et agressent les plus riches. C'est à cette période que surgissent des figures légendaires, les "jogadores" terribles, lutteurs très dangereux comme Besouro Manganga, Nascimento Grande ou encore Manduca da Praia, chantés encore aujourd'hui dans les rondes de capoeira. C'est à cette époque aussi que les capoeiristes vont se donner des surnoms afin de ne pas être pris par la police. Les surnoms étant déjà beaucoup utilisés dans la culture brésilienne en général, cette tradition est restée chez les capoeiristes jusqu'aujourd'hui. Le capoeiriste novice obtient souvent lors de ses premières années un surnom qui l'identifiera au sein des autres capoeiristes.

 

La réputation de la capoeira devint si mauvaise qu'elle fut interdite par un décret-loi de1890 qui en interdira la pratique jusqu'en 1937. Pourchassés par la police, les capoeiristes hors-la-loi risquent plus de 300 coups de fouets, la section des tendons, la prison, la mort ou l'exil.